On veut voir plus de têtes crépues dans les fictions jeunesse

Hola ! Dernièrement, je me suis demandée avec quelles figures d’identification j’avais grandi en tant que petite fille noire aux cheveux crépus. De but en blanc, aucun nom de personnage aux cheveux crépus dans les dessins animés ou les livres que je consommais ne me vient en tête. En fouillant un peu plus, quelques noms me reviennent à l’esprit mais pas grand-chose. Je pose alors la question à mes proches pour voir s’ils font le même constat et effectivement, ils font le même constat.

Une représentation minime des cheveux crépus

Je suis convaincue que ce manque de représentation a considérablement façonné notre vision du cheveu crépu en tant qu’enfants mais aussi et surtout en tant que futurs adultes. Car beaucoup de choses se jouent à l’enfance. C’est à cette période qu’on apprend ce qui est « normal » et ce qui ne l’est pas. Comme l’explique très bien l’autrice Licia Chery, les enfants les plus représentés dans les fictions jeunesse prennent l’habitude de se voir au centre et se considèrent comme la norme. En revanche, les enfants les moins représentés apprennent à se définir comme « les autres ».

Il est déjà rare de voir des personnages noirs ou afrodescendants dans les fictions jeunesse mais il est d’autant plus rare d’en voir avec des cheveux crépus. Cela s’applique davantage aux personnages féminins, dont les cheveux sont régulièrement représentés de manière lisse ou au mieux avec quelques ondulations / boucles. Cette image n’est bien sûr pas conforme à la réalité et contribue à invisibiliser le cheveu crépu. Les enfants intériorisent ainsi très tôt l’idée que le cheveu crépu est un cheveu à part, avec un statut différent du cheveu lisse qui lui est partout.

De plus, certains de ces personnages féminins comme Tiana dans la Princesse ou la Grenouille, Layla dans Winx club ou encore Talia dans Lolirock incarnent aux yeux des enfants des figures de beauté. Inconsciemment ou pas, ces fictions font par conséquent passer le message que le beau est lisse ou en tout cas qu’il n’est pas crépu.

Les personnages noirs ou afrodescendants représentés avec des cheveux crépus occupent rarement des rôles principaux, ce qui nous inscrit encore dans une place d’altérité ou de marginalité.

Racisme ordinaire

En somme, la représentation des cheveux crépus dans les fictions jeunesse est minime et lorsqu’elle existe, elle s’inscrit généralement dans l’altérité et la marginalité. Je pense que ce manque de représentation a pu alimenter le racisme ordinaire que nous avons subi en tant qu’enfants et plus tard en tant qu’adultes.

En effet, les cheveux crépus sont si inexistants dans les esprits qu’ils suscitent une curiosité malsaine. On pose un milliard de questions étranges dessus (« est-ce que ça se lave ? », « est-ce que ça pousse ? », …), on se permet de les toucher pour savoir à quoi ça ressemble et d’en faire des comparaisons saugrenues (le fameux « mouton »). Ils sont également si inexistants dans les esprits qu’ils sont associés à une forme d’anormalité. On se permet de s’en moquer ouvertement pour mieux rappeler qu’ils sont « bizarres » (« t’as mis tes cheveux dans la prise ?! »).

D’ailleurs, l’un des seuls personnages aux cheveux crépus connus dans les cours d’école s’appelle Tahiti Bob de la série d’animation les Simpson et il est devenu une grande figure de moquerie. Les enfants ou adolescents aux cheveux crépus se voient comparés à ce personnage de manière dévalorisante. Si les cheveux crépus n’étaient pas si invisibilisés, jamais il ne serait passé par la tête d’un enfant ou d’un adolescent d’associer une texture de cheveux si répandue à un personnage unique.

Le pire, c’est quand les dessins animés ou les livres jeunesses participent activement à la dévalorisation des cheveux crépus. Il y a quelques années, une scène de la série d’animation Winx Club dégradante envers les cheveux crépus a réémergé sur les réseaux sociaux. On voit l’une des personnages pleurer parce que ses cheveux raides sont soudainement devenus crépus à la suite d’un sort. Tout le monde la regarde avec détresse comme si ses cheveux étaient réellement bizarres et un groupe de filles la ridiculise en l’appelant « choucroute ».

Au regard de tout cela, il n’est pas étonnant que beaucoup d’enfants aux cheveux crépus (et surtout de petites filles) grandissent avec une faible estime d’eux-mêmes. Malheureusement, il nous revient à nous-mêmes de reconstruire une image positive de nos cheveux à l’âge adulte ou à nos parents de faire des recherches pour trouver des figures positives d’identification à nous offrir.

Des têtes crépues de plus en plus visibles

Heureusement, ces dernières années, les têtes crépues sont de plus en plus visibles dans les fictions jeunesse.  J’ai pu repérer sur les réseaux sociaux (essentiellement sur Instagram) le travail de plusieurs personnalités qui œuvrent pour rendre le cheveu crépu plus visible dans les livres et dessins animés des enfants. Cette liste n’est pas certainement pas exhaustive, je vous invite donc à la compléter en commentaires😉 :

  • L’autrice Laura Nsafou
  • L’auteur et l’illustrateur Joshua Servier
  • L’artiste Nandi Fanta
  • L’autrice Hambre Ellie
  • L’autrice Sophie Noël
  • L’illustratrice PamyraWestIndies
  • La maison d’édition Anka élévation
  • La maison d’édition Beth Stoy
  • La maison d’édition les Editions visibles
  • Hashley Auguste, créatrice de l’héroïne « Little Nappy »
  • Le rappeur Ludacris, créateur du dessin animé « Le monde de Karma ».

Laisser un commentaire