Black History Month – Je sors de ma zone de confort : Dieu est un garçon noir à lunettes de Kayo Mpoyi

Chaque semaine du Black History Month, je lis un livre écrit par un·e auteur·ice noir·e ou afrodescendant·e originaire d’un pays dont je ne connais pas encore — ou peu — la littérature.

Tu peux retrouver la chronique de la deuxième semaine ici.

Cette 3ème semaine est consacrée à la RDC, à la Tanzanie et à la Suède !

J’ai lu Dieu est un garçon noir à lunettes (Mai betyder vatten) de Kayo Mpoyi, publié en 2019.

Kayo Mpoyi est une autrice née en 1986 au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). Elle a grandi en Tanzanie avant de s’installer en Suède à l’âge de 10 ans, où elle vit aujourd’hui. Cela explique pourquoi nous avons 3 pays au programme du jour !

Dieu est un garçon noir à lunettes est le premier roman de Kayo Mpoyi. Il a reçu le prix Katapult 2020, la plus ancienne et prestigieuse récompense attribuée en Suède pour un premier roman.

On y suit Adi, une petite fille zaïroise qui vit en Tanzanie à la fin des années 1990. Elle nous raconte son univers du haut de ses 6 ans : un père autoritaire, mathématicien à l’ambassade du Zaïre et obsédé par les mots, une mère soumise et mystérieuse, une grande sœur virevoltante et rebelle, un bébé au regard noir et d’autres frères et sœurs restés au pays. Autour de cette famille, gravite une multitude de personnages hauts en couleur. Adi nous emmène dans ce petit monde nourri des secrets de famille dont nous lisons l’horreur et les violences entre les lignes. Et puis il y a Dieu, un garçon noir à lunettes, qui accompagne et surveille Adi, qui sait tout, même ce qu’Adi voudrait garder bien caché.

Mon avis

J’ai beaucoup aimé ce roman ! Il est difficile d’en faire un résumé car c’est un livre qui aborde plein de thématiques : viol et abus sexuels, pédophilie, éducation parentale violente, colonisation,  religion, mythes et croyances ancestrales, histoire familiale, exil politique. Et je ne suis même pas certaine d’avoir tout cité ! Pourtant, l’autrice est parvenue à tout raconter d’une manière très fine. Je salue la prouesse d’avoir réussi à parler de sujets aussi importants et sensibles à travers une narratrice enfant.

J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié l’imagination débordante d’Adi et me suis parfois reconnue en elle quand j’étais enfant.

Je trouve que ce roman est très congolais. En tant que congolaise, je me suis reconnue dans le fait d’avoir une famille « éparpillée » dans le monde à cause de la situation politico-économique du pays mais de garder malgré tout un lien fort au pays d’origine. En effet, une partie de la famille d’Adi est restée à Kinshasa mais devra elle aussi s’exiler. Je me suis aussi identifiée à la religion, aux croyances, aux mythes et au silence qui peut régner dans les familles.

On y apprend en outre beaucoup de choses sur l’histoire coloniale et politique de la RDC mais j’avoue que la lecture peut s’avérer compliquée si on n’a pas quelques bases au préalable. En tout cas, c’est un roman qui incite à se renseigner !

Avez-vous d’autres livres congolais et tanzaniens à me recommander ?