Black History Month – Je sors de ma zone de confort : Ser mujer negra en España de Desirée Bela-Lobedde

Chaque semaine du Black History Month, je lis un livre écrit par un·e auteur·ice noir·e ou afrodescendant·e originaire d’un pays dont je ne connais pas encore — ou peu — la littérature.

Tu peux retrouver la chronique de la troisième semaine ici.

Cette 4ème semaine est consacrée à l’Espagne !

J’ai lu Ser mujer negra en España (traduction : Être une femme noire en Espagne) de Desirée Bela-Lobedde, publié en 2018.

Je voulais clore cette série d’articles sur le Black History Month par un livre qui parle de l’expérience du racisme du point de vue d’un.e auteur.rice noir.e européen.ne, car si on met de côté l’Angleterre, je n’en ai jamais lu (ou en tout cas je n’en ai pas le souvenir), bien que ce soient nos voisins.

Desirée Bela-Lobedde est une écrivaine et une militante afroféministe et antiraciste espagnole d’origine équato-guinéenne, née en 1978 à Barcelone. C’est l’une des figures les plus visibles sur ces questions dans le débat public espagnol. Son parcours militant débute en 2013, lorsqu’elle ouvre son blog Diario de la Negra Flor pour partager ses apprentissages sur ses cheveux crépus. Ceci l’a amenée à devenir écrivaine, journaliste et conférencière sur des sujets liés à l’antiracisme et à l’afroféminisme. En 2019, elle fonde sa propre école d’éducation antiraciste, où elle dispense des formations à des particuliers comme à des organisations.

Ser mujer negra en España est l’un des ses ouvrages les plus connus. Elle y revient sur plusieurs épisodes de sa vie, de l’enfance à l’âge adulte, où elle s’est sentie « autre » et a subi du racisme et de la misogynoir. Comme l’indique le titre du livre, son témoignage offre un bon panorama de ce que signifie être une femme noire en Espagne : se faire traiter de « noire » dans la rue, être considérée comme étrangère, être la « bonne copine », ne pas accepter ses cheveux au naturel, être fétichisée dans la drague, être confondue avec la nounou de ses filles…

Le rapport à ses cheveux crépus structure tout de même une grande partie du livre car c’est ce qui l’a poussée à ouvrir son blog et à développer ce qu’elle appelle son « activismo estético » (que je ne saurais pas bien traduire, militantisme de l’esthétique ?).

Enfin, elle donne son avis sur plusieurs sujets qui font couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux ou dans le débat public : le blackface, le fait de voyager — ou non — dans son pays d’origine, les couples mixtes ainsi que l’importance de la représentation.

Mon avis

Je me suis beaucoup identifiée au vécu de Desirée, en particulier en ce qui concerne son parcours d’acceptation capillaire. C’est toujours impressionnant de voir le nombre de femmes noires qui ont plus ou moins la même histoire capillaire, en dépit des différences de nationalité !

Par ailleurs, j’ai apprécié le style « spontané » du livre, qui m’a replongée dans l’ère des blogs. Comme annoncé dès le début du livre, j’ai eu l’impression d’écouter une amie me raconter ses expériences et ses réflexions en buvant un thé. Desirée nous tutoie, nous interpelle et nous parle avec beaucoup d’authenticité ! Son état d’esprit se dégage nettement du livre : on ressent son agacement, sa révolte, son humour et surtout son profond désir de voir la société espagnole évoluer.  

J’admire sa pédagogie et sa force car comme Rokhaya Diallo en France, en tant que référence sur la question du racisme, elle se retrouve dans une position où elle doit réexpliquer des milliers de fois les mêmes choses à des gens qui ne veulent pas comprendre. Je compatis notamment avec elle sur le fait qu’elle doive sans cesse réaffirmer son identité espagnole pour faire taire les ignorants et les racistes.

Cela étant dit, ce livre reste introductif et grand public sur la question du racisme. Je pense qu’il était nécessaire en Espagne dans un contexte de déni du racisme (similaire au contexte français), mais vous n’y apprendrez pas grand-chose si vous êtes non Blanc.he ou si vous vous intéressez déjà aux questions raciales. En tant que Française, j’ai tout de même trouvé intéressant de voir ce que l’on connaît déjà appliqué au contexte espagnol : les chansons, les publicités, les déguisements racistes, par exemple.

Un point négatif du livre : il y a quelques répétitions d’un chapitre à l’autre, qui m’ont dérangée, d’autant plus que j’ai lu le livre rapidement.

Ce livre n’est malheureusement pas traduit en français mais il est plutôt accessible, je pense qu’on peut le lire à partir d’un niveau B1-B2 en espagnol. Je l’ai acheté d’occasion sur le site momox.

Avez-vous d’autres livres espagnols (d’auteur.ices noir.es bien sûr) à me recommander ?

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