En mai, je me suis rendue pour la première fois au festival du film décolonial en région parisienne. C’était pour moi l’occasion de découvrir l’œuvre de la cinéaste et réalisatrice Sarah Maldoror, dont j’avais vaguement entendu parler auparavant. Elle est notamment l’une des figures de l’ouvrage Les Puissantes, que je vous ai présenté il y a deux mois.
Née en 1929, d’une mère originaire du Gers et d’un père guadeloupéen, Sarah Maldoror est une poétesse et réalisatrice française. Elle est considérée comme l’une des pionnières du cinéma décolonial et panafricain.
Elle commence sa carrière par le théâtre. Elle cofonde en 1958 la troupe de théâtre Les Griots, l’une des premières troupes parisiennes entièrement composées de comédiens noirs.
Elle se tourne ensuite vers le cinéma, grâce à une bourse de l’Union soviétique qui lui permet d’aller étudier au VGIK (Institut cinématographique) à Moscou en 1961. Pour Sarah Maldoror, le cinéma est « un outil de la révolution », pour transformer les consciences et décoloniser la pensée. Son œuvre cinématographique, comptant plus de 40 films (courts ou longs métrages, films de fiction ou documentaires), est donc engagée et politique. Elle met notamment en lumière les mouvements de libération anticoloniaux africains.
Sarah Maldoror s’éteint le 13 avril 2000.
Aujourd’hui, je vous présente trois œuvres de Sarah Maldoror, que j’ai eu l’opportunité de visionner.
Monangambééé (1969)

Monangambééé est le premier film de Sarah Maldoror tourné à Alger. C’est un court-métrage, basé sur le livre d’un opposant politique emprisonné par le pouvoir colonial portugais, Luandino Vieira (O Fato Completo de Lucas Matesso).
Le film raconte la torture par l’armée portugaise d’un prisonnier anticolonialiste angolais. Il marque un tournant car à l’époque, les guerres de libération dans les colonies portugaises (qui n’accéderont à l’indépendance qu’en 1975) étaient invisibles sur grand écran.
Sarah Maldoror a reçu en 1979 le prix de Meilleure réalisatrice pour ce film.
J’ai bien aimé la manière symbolique et poétique de dénoncer la torture. Aucune scène de violence physique explicite n’est montrée dans le film, la musique – le free jazz américain de l’Art Ensemble of Chicago – y occupe une place importante.
Le film est disponible sur la plateforme Mubi.
Sambizanga (1972)

Sambizanga est le premier long métrage de Sarah Maldoror. C’est aussi une adaptation du roman de Luandino Vieira, A Vida Verdadeira de Domingos Xavier.
L’histoire se passe en Angola en 1961. Domingos Xavier, un militant révolutionnaire angolais, est arrêté par la police secrète portugaise. Emmené en prison à Sambizanga, il est interrogé, puis torturé pour lui extorquer les noms de ses amis indépendantistes. Sa femme Maria part à sa recherche avec son bébé.
J’ai regardé ce film dans le cadre du festival du film décolonial. Annouchka de Andrade, la fille de Sarah Maldoror, est intervenue pour mieux nous expliquer le contexte du film, ce qui m’a permis d’apprécier davantage l’œuvre.
J’ai par exemple appris que le film a été tourné au Congo-Brazzaville car l’Angola était en pleine guerre d’indépendance. Les acteurs sont des non-professionnels, pour partie Congolais, et pour partie des indépendantistes angolais du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA). C’est pourquoi certains s’expriment en portugais, et d’autres en lingala dans le film. Par ailleurs, Sarah Maldoror a écrit le scénario avec l’aide de son mari, Mario de Andrade, qui est lui aussi poète et surtout l’un des fondateurs du MPLA.
Un dessert pour Constance (1981)

On change de registre avec ce dernier film de ma sélection ! En effet, Un dessert pour Constance est une comédie qui raconte l’histoire de deux éboueurs de la ville de Paris, Bokolo et Mamadou. Ces derniers cherchent de l’argent pour aider leur ami Bono, malade, à rentrer chez lui. Après avoir trouvé un livre de cuisine dans une poubelle, ils se passionnent pour la cuisine française et décident de participer à un jeu télévisé.
J’avoue avoir moins accroché à ce film qu’aux deux autres, mais je suis tout de même sensible au message de celui-ci. C’est rafraîchissant d’avoir un film qui parle, avec un ton joyeux, d’immigration et qui rend hommage à la génération de travailleurs immigrés africains vivant dans les foyers.
Les protagonistes du film sont interprétés par deux acteurs phares du cinéma africain, le Guinéen Cheik Doukouré et l’Ivoirien Sidiki Bakaba.
Le film est disponible sur la plateforme Mubi.

