N’ai-je pas de chance d’avoir des cheveux crépus ?

« Je n’aimerais tellement pas être à ta place ».

« Ça doit demander tellement d’entretien, ma pauvre ! ».

Voici des phrases que j’ai l’habitude d’entendre depuis l’enfance au sujet de mes cheveux crépus. Pendant longtemps, j’ai accepté ce que je pensais être une vérité : je n’avais pas de chance d’avoir des cheveux crépus.

Heureusement, j’ai aujourd’hui un rapport beaucoup plus sain avec mes cheveux, ce qui fait que j’ai de plus en plus de mal à garder le silence face à ce genre de propos.

Je sais qu’ils ne partent pas forcément d’une mauvaise intention. C’est même tout le contraire parfois. Certaines personnes se veulent bienveillantes en reconnaissant qu’elles ont la vie plus facile que les personnes noires, qui ont des « cheveux plus difficiles à entretenir » et subissent en plus des discriminations capillaires.

Cependant, les bonnes intentions ne font pas tout. Entendre ces mots me blesse, m’agace et me fatigue pour plusieurs raisons.

Premièrement, ces propos interviennent dans un contexte où je n’ai jamais exprimé une difficulté à prendre soin de mes cheveux ou un quelconque mal-être. Cela signifie que ces personnes projettent sur moi des choses négatives, parfois fausses, qu’elles ont vues ou entendues ailleurs. Avant même d’ouvrir la bouche, elles m’imaginent m’enfermer pendant des heures dans ma salle de bain pour démêler mes cheveux et les coiffer. Je me retrouve alors à me justifier sur l’entretien de mes cheveux sur la base de ce que projettent les gens, ce qui me dérange et me fatigue profondément.

Deuxièmement, ces propos réactivent un point sensible chez moi. Toute ma vie, on m’a fait comprendre que je n’avais pas été gâtée par la nature parce que j’avais des cheveux durs, difficiles à coiffer, qui poussaient lentement, etc. J’ai dû faire un long travail d’acceptation pour me détacher de cette image péjorative qu’on m’avait collée. Ainsi, entendre des gens plaindre mes cheveux me renvoie à cette image péjorative et me blesse particulièrement. J’ai l’impression que mes cheveux sont perçus comme un fardeau ou comme quelque chose dont personne ne voudrait vraiment.

Enfin, je n’ai absolument pas envie que les gens ressentent de la peine ou de la pitié envers moi, vis-à-vis de mes cheveux. Je n’ai plus envie que mes cheveux soient rattachés à de la souffrance ou à de la douleur. Aujourd’hui, j’ai besoin de me nourrir de positivité et de fierté, d’où mon intolérance à la négativité !

Pour mieux expliquer mon point de vue, je vais clore ce texte par une anecdote personnelle. Il y a quelques années, j’avais une proche aux cheveux raides qui passait son temps à dire qu’elle n’aurait pas supporté d’avoir des cheveux crépus car cela aurait été trop fastidieux. Elle l’affirmait avec une telle assurance, comme si elle avait déjà eu les cheveux crépus dans une autre vie ou comme si elle en avait déjà coiffés (ce qui n’était pas le cas). Elle était si convaincue que je peinais même à la contredire. Je lui ai donc demandé un jour combien de temps elle consacrait à l’entretien de ses cheveux. Quelle fut ma surprise lorsqu’elle m’a dit qu’elle y passait une bonne vingtaine de minutes tous les jours car son cheveu graissait rapidement et nécessitait plusieurs shampooings. J’ai alors réalisé que, d’une part, elle avait une vision erronée du cheveu crépu, car nous ne passons pas toutes autant de temps à nous en occuper et que, d’autre part, c’était moi qui n’avais aucune envie d’être à sa place (car Dieu sait que je déteste les shampooings) alors qu’elle avait toujours pensé l’inverse !


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Hola, je m’appelle Giselle. Je suis la créatrice de Noiritude, un blog dédié aux identités noires au pluriel. Ici, je parle et j’analyse des sujets liés au racisme qui nous affectent en France et ailleurs, dans le monde. Bonne lecture !

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