Pourquoi aller voir l’exposition The Histories* de Kerry James Marshall ?

Kerry James Marshall est considéré comme l’un des peintres américains contemporains les plus influents. Né en 1955 en Alabama, son œuvre s’attache à donner une place centrale aux figures noires, souvent invisibilisées ou asservies dans l’histoire de l’art occidental.

Après la Royal Academy of Arts à Londres et le Kunsthaus à Zurich, le musée d’Art moderne de Paris est la troisième et dernière institution à accueillir l’exposition « The Histories* » du peintre afro-américain. Je suis ainsi très reconnaissante d’avoir eu l’opportunité de voir cette exposition. Je ne connaissais pas cet artiste et je suis ressortie de l’exposition totalement émerveillée par la beauté de son œuvre, et particulièrement touchée par les thématiques qu’elle aborde.

Voici 4 raisons pour lesquelles vous devez absolument aller voir cette exposition  (disponible jusqu’au 24 janvier 2027) :

Un art consacré aux personnes noires

Dans les années 1980, Marshall lit L’Homme invisible (1952) de Ralph Ellison. Dans ce livre,  le personnage principal, un homme noir, se décrit comme invisible dans une société raciste qui refuse de le voir. Cette idée inspire Marshall qui décide alors de placer les figures noires au centre de ses œuvres. Pour peindre ces corps, il utilise une grande variété de pigments, tels que le noir d’ivoire, de mars ou de carbone.

Untitled, Kerry James Marshall (2008)
Untitled, Kerry James Marshall (2008)

Le quotidien de personnes noires

Un pan essentiel de l’œuvre de Marshall consiste à peindre des scènes de la vie quotidienne de personnes noires à une échelle monumentale. J’ai beaucoup aimé le tableau De Style (1983), où l’on voit un groupe d’hommes noirs dans un salon de coiffure.

De Style, Kerry James Marshall (1993)
De Style, Kerry James Marshall (1993)

Je pense qu’il incarne parfaitement cette citation du peintre :

Un hommage aux figures de la résistance

Marshall a réalisé une série de portraits de résistants contre l’oppression raciale, qui n’ont pas été peints de leur vivant : esclaves, poètes, artistes, abolitionnistes et militants. Grâce à son travail, j’ai ainsi découvert l’existence de Nat Turner, prédicateur ayant conduit la révolte d’esclaves la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis, de David Walker, abolitionniste auteur de l’un des pamphlets les plus radicaux de la lutte contre l’esclavage, de John Punch, esclave condamné à une servitude à vie pour avoir fui son lieu de travail, et de Phillis Wheatley-Peters, reconnue comme la première autrice afro-américaine à avoir publié un recueil de poésie.

La tradition de la peinture occidentale réinventée

Marshall s’est toujours profondément intéressé à la peinture occidentale. Dans son œuvre, il s’inspire de grands noms occidentaux comme Hans Holbein, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Édouard Manet ou encore Georges Seurat, tout en réinventant les codes pour mettre à l’honneur les personnes noires. Par exemple, le tableau Untitled (Studio), représentant une artiste noire dans son atelier entouré de ses modèles, dialogue directement avec Les Ménines de Diego Velázquez, L’Art de la peinture de Johannes Vermeer et L’Atelier du peintre de Gustave Courbet. Il s’agit donc d’un geste fort de la part de Marshall de visibiliser les personnes noires dans ce lieu central de l’art occidental.

Untitled (Studio), Kerry James Marshall (2014)
Untitled (Studio), Kerry James Marshall (2014)

Marshall puise également ses inspirations dans les arts en Afrique et dans ses diasporas, par exemple dans des statues nkisi nkondi du peuple Kongo, ainsi que dans des vèvè du vodou haïtien, dessins réalisés pour invoquer les esprits.


J’espère que je vous ai convaincu de vous intéresser à l’œuvre de Marshall, en précisant toutefois que mon article ne donne bien évidemment qu’un aperçu de sa longue carrière.

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